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Analyseschiffres sourcés

26 % des TPE utilisent l'IA, 5 % pour automatiser : d'où vient l'écart

L'adoption a doublé en un an. L'usage, lui, n'a presque pas changé de nature : on demande des textes à une machine, on ne lui confie pas de travail.

Le baromètre annuel de la transformation numérique des TPE et PME, publié par la Direction générale des Entreprises, est la meilleure source disponible sur les petites entreprises françaises. Contrairement aux statistiques de l'INSEE sur le sujet, il inclut les entreprises sans salarié, c'est-à-dire l'essentiel du tissu artisanal.

Son édition 2025 contient un résultat que peu de commentateurs ont relevé, et qui décrit mieux la situation que n'importe quel discours sur le retard numérique français.

Publié le 18 septembre 2026 · lecture 8 minutes · 3 sources citées

01

Le chiffre, et celui qui le contredit

26 %

des TPE et PME françaises utilisent l'intelligence artificielle en 2025, contre 13 % un an plus tôt.

5 %

s'en servent pour automatiser des tâches.

Entre les deux, tout l'écart tient dans la nature de l'usage. La génération de texte, de voix ou d'images concerne 22 % des entreprises. Les assistants conversationnels, 14 %. L'analyse et le classement de documents, 6 %. L'automatisation de tâches ferme la marche à 5 %.

Autrement dit : l'adoption a doublé en un an, mais elle a doublé sur l'usage le plus visible et le moins durable. On ouvre un outil, on demande un texte, on le recopie. Le lendemain, on recommence.

02

Pourquoi le passage ne se fait pas

Demander un texte à une machine ne demande rien : ni installation, ni décision, ni changement d'habitude. C'est une conversation, et elle s'arrête quand on ferme l'onglet.

Faire tourner un processus demande l'inverse. Il faut décider où l'information part, ce qui se déclenche, qui valide, ce qui se passe quand un cas sort de l'ordinaire. Cela suppose de regarder comment on travaille réellement, ce qui prend du temps et met souvent au jour des choses désagréables.

C'est précisément le travail qu'une petite entreprise n'a pas les moyens de faire seule, non par incompétence, mais parce que la personne qui devrait le faire est celle qui fait déjà tout le reste.

71 %

des entreprises qui n'utilisent pas l'IA déclarent ne pas en voir l'utilité, loin devant le manque d'expertise, cité par 54 %.

Ce chiffre porte sur les entreprises de dix salariés ou plus, périmètre qui exclut les plus petites structures. Il ne décrit donc pas les TPE artisanales, mais il éclaire la nature du blocage.

« Ne pas en voir l'utilité » arrive largement devant le coût et la compétence. C'est cohérent avec l'écart précédent : quand le seul usage qu'on connaît est de faire écrire un paragraphe, on peut très raisonnablement conclure que ça ne sert pas à grand-chose dans un atelier.

L'obstacle n'est donc ni la technique ni le prix. C'est qu'on ne voit pas le rapport entre l'outil et son propre travail.

03

Là où l'écart est le plus fort

15 %

des entreprises du bâtiment et de la construction utilisent l'IA, contre 56 % dans le numérique et 41 % dans les services techniques.

Le bâtiment, l'agriculture et le transport ferment la marche. Ce sont aussi les secteurs où l'on est le moins souvent devant un écran, ce qui n'a rien d'un hasard : l'IA telle qu'elle est adoptée aujourd'hui, par la conversation, suppose qu'on soit assis devant un clavier.

C'est un argument de plus pour dire que le sujet n'est pas l'outil mais le processus. Un artisan n'a pas besoin de discuter avec une machine. Il a besoin que le rapport griffonné sur le chantier devienne une facture sans qu'il le retape le soir.

+34 %

de productivité pour les travailleurs les moins expérimentés, contre +14 % en moyenne, dans la seule étude ayant mesuré l'effet d'un assistant IA sur un vrai déploiement en entreprise.

Une entreprise américaine de support client, 5 179 agents. Le résultat ne se transpose pas mécaniquement, mais l'asymétrie qu'il montre est robuste : le gain va à celui qui n'est pas spécialiste de la tâche.

Dans une TPE, personne n'est spécialiste de l'administratif. C'est le dirigeant, son conjoint, ou la personne qui avait un créneau. C'est exactement le profil sur lequel l'écart mesuré est le plus grand, et c'est la meilleure raison de penser que ces entreprises ont plus à gagner que les grandes, pas moins.

04

Ce qu'il faut pour franchir l'écart

Trois conditions, dans cet ordre

  • Partir d'une tâche précise qui se répète, pas d'une intention générale. « Automatiser l'entreprise » ne mène nulle part ; « préparer la facture à partir du rapport d'intervention » se décrit en une phrase et se vérifie.
  • Relier les outils que vous avez déjà, plutôt que d'en ajouter un. Presque toutes les TPE sont équipées d'un logiciel de facturation ; le problème n'est pas l'absence d'outils, c'est qu'ils ne se parlent pas.
  • Garder une validation humaine sur tout ce qui sort de l'entreprise. Un devis, une facture, une relance engagent une relation commerciale. La machine prépare, vous décidez.

À retenir

  • L'adoption de l'IA a doublé en un an dans les TPE et PME françaises, mais elle s'est faite sur la génération de texte, pas sur l'automatisation de processus : 26 % contre 5 %.
  • Le premier frein déclaré n'est ni le coût ni la compétence, c'est de ne pas voir l'utilité. Logique, quand le seul usage connu est de faire écrire un paragraphe.
  • L'étude la plus sérieuse sur des gains réels montre que le bénéfice va d'abord aux moins expérimentés, ce qui est exactement la situation de l'administratif dans une petite entreprise.

Sources

  1. Direction générale des Entreprises (France Num)

    Baromètre France Num de la transformation numérique des TPE et PME, 2025.

    11 021 entreprises répondantes dont 7 978 TPE, dont 1 027 sans salarié, recueil du 26 mars au 18 avril 2025, redressement par taille, secteur et région.

  2. INSEE

    Insee Première : l'usage de l'intelligence artificielle par les entreprises, 2026, données 2025.

    enquête TIC entreprises, champ des entreprises de 10 salariés ou plus des secteurs principalement marchands, environ 194 000 entreprises.

  3. Erik Brynjolfsson, Danielle Li et Lindsey Raymond, Quarterly Journal of Economics

    Generative AI at Work, 2025.

    déploiement échelonné observé sur 5 179 agents de support client, productivité mesurée en problèmes résolus par heure.

Et chez vous

Les chiffres publics situent. Les vôtres décident.

Aucune de ces études ne dit ce que vous gagneriez : elles décrivent un secteur, pas votre semaine. Vingt minutes au téléphone suffisent à repérer la tâche qui se répète le plus chez vous, et à dire franchement si elle vaut la peine d'être automatisée.

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